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Contrôle interne en Association : ce que vos financeurs regardent vraiment

Photo du rédacteur: Maw-Li
Maw-Li
18 sept.
4 min de lecture

Dirigeante d'association vérifiant un justificatif de dépense, une pratique de contrôle interne en association

Nous sommes fin juin, dans les bureaux d'une association d'insertion. L'exercice a été clôturé au 31 décembre et la région attend son compte rendu financier, le Cerfa 15059, à déposer dans les six mois. Sans lui, pas de renouvellement de la subvention. La directrice ouvre le tableau de suivi de l'action financée. Une partie des dépenses a été imputée sur un autre projet. Deux factures de prestataire ont été réglées sans bon de commande signé. Et le trésorier qui validait les virements a quitté le bureau en mars.


Rien de frauduleux. Simplement une organisation qui n'a pas suivi la croissance de l'association. Mais le document attendu doit attester que chaque euro a bien servi l'objet de la subvention, et la région peut le communiquer à toute personne qui en fait la demande. Trois semaines de reconstitution plus tard, le dossier part. Avec, pour la première fois, une question de la chargée de mission sur « l'organisation financière de la structure ».


Le contrôle interne en association se joue là, bien plus que dans un manuel de procédures : dans la capacité à rendre des comptes simplement, au moment où on vous les demande. Et c'est précisément ce que les financeurs viennent vérifier.


Ce que voit un financeur, et ce qu'il ne voit pas


Chez Maw-Li, nous avons longtemps été de l'autre côté du guichet, dans la banque, à instruire et contrôler des financements. Une chose frappe très vite : personne ne lit vos procédures. On regarde autre chose. Un compte rendu financier rendu dans les délais. Un budget exécuté qui ressemble au budget présenté, ou un écart expliqué avant qu'on ne le découvre. Un président qui connaît les chiffres aussi bien que sa directrice.


Ces détails paraissent anodins. Ils forment pourtant l'essentiel de l'impression laissée. Une association peut avoir d'excellentes règles écrites et donner une image fragile. L'inverse arrive aussi, plus souvent qu'on ne le croit.


Trois questions qui reviennent toujours


« Qui décide, et qui paie ? »


C'est la plus vieille question du contrôle interne, et elle n'a pas pris une ride. Dans beaucoup d'associations, la même personne engage la dépense, reçoit la facture et déclenche le virement.


En toute bonne foi, souvent parce qu'elle est la seule à connaître le dossier. Le problème n'est pas la personne. C'est que personne d'autre ne peut attester que tout s'est bien passé, et que tout s'arrête le jour où elle part. Répartir ces rôles, même entre deux personnes seulement, change la donne : nous détaillons la mise en pratique dans notre article sur la façon de sécuriser les paiements dans une association.


« Que sait votre conseil d'administration ? »


Un financeur lit rarement vos statuts. Il lit volontiers les comptes rendus de CA. Il y cherche des débats, des questions, parfois des désaccords tranchés. Un conseil qui adopte tout à l'unanimité sans jamais rien demander inquiète davantage qu'un conseil qui challenge sa direction.


Les administrateurs bénévoles le vivent parfois comme de la défiance. C'est pourtant leur première mission, et le cœur d'une gouvernance associative transparente.


« Pouvez-vous justifier ce chiffre ? »


Nombre de bénéficiaires, coût par action, dépenses affectées à tel projet : les demandes tombent souvent dans l'urgence, et chaque financeur a son propre format. Quand l'information est dispersée entre trois tableurs et deux boîtes mail, chaque justification devient une enquête.


Et un financeur qui reçoit deux chiffres différents pour la même question s'en souviendra longtemps. D'où l'intérêt d'une vraie gouvernance des données pour votre association, pensée avant l'urgence plutôt que pendant.


« Mais nous avons un commissaire aux comptes »


C'est une réponse fréquente dès qu'on aborde le sujet. Le commissaire aux comptes, obligatoire notamment au-delà de 153 000 EUR de subventions publiques par an, joue un rôle précieux : il certifie les comptes et donne son avis sur le dispositif en place. Mais il passe quelques jours par an dans vos murs. Il ne conçoit pas vos règles et ne les applique pas à votre place.


Son rapport dit au financeur que l'année écoulée a été correctement tenue. Le contrôle interne lui dit autre chose, et c'est ce qui l'intéresse le plus quand il signe une convention pluriannuelle : que l'argent qu'il s'apprête à confier sera géré avec le même soin.


Commencer petit, et bien


Face au sujet, la tentation est de tout formaliser. On télécharge un modèle, on produit un manuel de quatre-vingts pages, on le fait voter en CA. Six mois plus tard, plus personne ne l'ouvre.


Nous conseillons l'inverse. Partir des deux ou trois risques qui empêcheraient vraiment le bureau de dormir : un détournement, un engagement signé sans mandat, une subvention impossible à justifier. Poser pour chacun une règle simple, que tout le monde comprend et peut appliquer dès lundi. Puis enrichir au rythme de la croissance. Une association de dix salariés financée par sa région n'a pas besoin du dispositif d'une fédération nationale. Elle a besoin du sien.


Un argument pour grandir


Bien pensé, le contrôle interne ne bride pas une association. Il lui ouvre des portes : un financeur rassuré s'engage plus longtemps, un banquier prête plus facilement, un nouveau partenaire hésite moins. Dans un dossier de candidature, quelques lignes précises sur votre organisation pèsent parfois autant qu'une page entière sur votre impact.


Luc Boscaro, fondateur de Maw-Li, a exercé plus de trente-cinq ans dans la banque, notamment comme Directeur de l'Audit puis Directeur des Risques, avec un passage par le Crédit Coopératif, banque historique de l'économie sociale.


Vous préparez une demande de financement, ou vous sentez que votre organisation n'a pas suivi le rythme de votre développement ? Parlons-en.

 
 
 

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